Ma sortie

Ma sortie
Je suis remontée dans ma chambre vers 13h; j'ai eu une anesthésie de 45 min à peu près.
Ma mère était toujours présente dans ma chambre. La mère d'Anthony a appelé pendant que j'étais dans la salle de bain, ma mère lui a dit que j'étais remontée, que je n'avais pas de douleurs... Elle a voulu me la passer mais elle ne souhaitait pas me parler, disant qu'il n'y avait rien à ajouter. En gros, elle voulait juste savoir si c'était fait.
L'IVG a eu lieu un mercredi et exceptionnellement Anthony rentrait de son chantier en milieu de semaine, j'allais pouvoir le voir et lui en parler le soir même.
Le médecin est venu me voir vers 17h pour autoriser ma sortie et en 2 min, un toucher vaginal fait comme ça, c'était bon j'étais dehors ! J'ai vraiment eu l'impression d'être rien du tout, pas une parole, rien.
Je suis sortie, toujours la même mais avec un grand vide.

# Posté le mercredi 22 mars 2006 09:47

Modifié le jeudi 18 mai 2006 05:07

Anthony

Anthony
Je suis rentrée chez moi, assez fatiguée mais je n'avais pas de douleurs phyqiques, juste des saignements.
J'ai essayé de joindre mon copain, en vain évidemment. Il m'a appelé le soir... vers 23h30... Quand vous avez passé une journée à l'hôpital, une opération sous anesthésie générale...un minimum d'attention était indispensable. Je lui demandais pas la lune, juste un coup de fil ! Mes parents étaient aussi très déçus, jamais ils ne lui ont mis la pression, au contraire ils n'ont même pas demandé à ce que l'on en parle tous ensemble.
Il est venu me voir 2 jours plus tard .......... avec 1 ami..........10 min. Je suis restée avec lui, je pense que je me rattachais à cette relation. Mon IVG étant déjà un énorme échec, je voulais rester avec lui pour sans doute combler ce manque. Et ce bébé, je l'avais conçu avec lui.
On a réussi à en parler 1 mois après, quand j'ai craqué. Durant ce mois, j'ai réagi comme avant mon avortement, j'ai mis ça dans un coin de ma tête. On me disait d'oublier alors j'exécutais. Et puis un soir j'ai craqué, je me suis vidée de mes larmes je crois, tout ce que j'avais enfoui est sorti dont ma haine contre mon copain.
Je n'arrivais plus à gérer ça, j'avais voulu zapper cet épisode de ma vie alors qu'au contraire un avortement est un poids que l'on porte toute une vie.
Il m'a quitté quelques jours plus tard, il a attendu 1 mois après pour le faire, par "politesse", pour ne pas me laisser tomber pendant mais il ne s'est jamais rendu compte que de toute façon j'étais toute seule....

# Posté le mercredi 22 mars 2006 10:00

Modifié le jeudi 18 mai 2006 05:38

Les mois qui suivent...

L'été a passé, j'ai travaillé et j'ai réussi à faire abstraction de mes émotions. Personne ne connaissait mon histoire donc je pensais que ça pouvait m'aider à aller mieux.
A la maison, on n'en parlait plus du tout, il fallait oublier. Je pense que j'aurai pu en parler ou au moins essayer, je n'aurai pas eu de refus mais je trouvais que mes parents avaient assez soufferts de cette situation donc je prenais sur moi.
Ma mère a bien vu qu'à la rentrée ça n'allait pas, je reprenais ma vie de lycéenne "modèle" mais je n'avais plus ma joie de vivre.
Elle m'a proposé d'aller consulté un psy, pour parler. J'ai accepté, j'ai pris RDV et j'y suis allée, seule.
Je suis tombée sur un homme donc déjà difficile de pouvoir me comprendre vraiment et il n'a pas sorti un mot. Il a regardé sa montre tout le temps et au bout de 20min, m'a demandé le chèque ! Je suis sortie complètement perdue, j'avais l'impression que mon histoire ne touchait personne, personne ne comprenait ma douleur.
J'ai pu en parler avec une amie, elle a subi une IVG 3 semaines après moi et était dans ma classe, on s'est pas mal rapproché et ça nous a un peu libéré de se confier.

# Posté le mercredi 22 mars 2006 10:16

Modifié le jeudi 18 mai 2006 06:07

La journée santé...

La journée santé...
Dans le cadre de mon Bac SMS, une journée santé a été organisée, le 18 décembre 2000. Elle consistait à exposer les problèmes de vie scolaire et ensuite un atelier nous était proposé en demi-groupe avec une psychologue. Elle travaillait à la maternité de ma ville, ou j'avais subi mon IVG et était spécialisé dans les grossesses à risque, les fausses couches, la perte d'un enfant...
L'après-midi nous nous sommes installés dans une salle de mon lycée puis certaines filles ont commencé à parler de leurs problèmes, excercice très difficile si on craint le regard des autres. On a évoqué des sujets tels que l'anorexie, le suicide, le divorce...et mon amie qui avait subi une IVG peu après moi a lancé ce sujet...sauf qu'au bout de 5 min elle est partie en larmes et je l'ai suivi.
Certaines filles avaient eu des paroles très dures, du genre que c'est facile, c'est lâche, on couche donc on assume après...et ça nous a touché droit au coeur.
La psychologue a souhaité nous rencontré, et nous n'étions pas 2 mais 3 sur une classe de 21 a avoir subi une IVG dans l'année.

# Posté le jeudi 23 mars 2006 02:55

Modifié le lundi 22 mai 2006 03:45

Notre entretien avec la psy

Notre entretien avec la psy
Elle nous a pris dans une salle à part, toutes les 3 et nous a demandé à chacune de raconter notre histoire. Ensuite elle a commencé à nous parler de "nos bébés" alors que nous, à l'hôpital nous n'avions entendu que le mot "embryon".
Au fond de nous, on avait besoin d'entendre ça, on avait quand même porter la vie et je pense qu'on avait besoin d'être reconnu en tant que "mamans" même si ça peut choquer.
Elle nous a simplement parlé en disant tout le contraire de tout le monde, c'est à dire que nos parents, amis... qui nous disait d'oublier alors qu'elle nous conseillait justement de continuer à aimer cet enfant. On était toutes les 3 en larmes parce qu'elle avait des paroles tellement touchantes et vraies.
Mme X nous a fait comprendre que de toute façon nous ne pourrions jamais oublier et pour faire le deuil justement il ne fallait pas, au contraire ça faisait parti de nous, de notre vie et il fallait vivre avec mais vivre bien et non pas avec des regrets.
Pour commencer un travail de deuil, elle nous a dit décrire à nos enfants ou leurs dire juste qu'on les aime.
Cet entretien avec la psy a duré environ 2h, plus elle parlait, plus on pleurait mais pour moi ça a été un véritable déclic. J'ai suivi ces conseils et j'ai écrit à mon bébé.

# Posté le jeudi 23 mars 2006 03:09

Modifié le mardi 20 juin 2006 04:56